Langues et identités culturelles en Méditerranée

 
 

La découverte des manuscrits du monde oriental et l’acheminement de nombre d’entre eux vers les capitales européennes ont été déterminants pour l’avancée des études sur le monde musulman. Ils ont favorisé l’émergence d’institutions spécialisées, à l’image de l’École des langues orientales où ont été formés et où ont enseigné Silvestre de Sacy, Venture de Paradis et Garcin de Tassy. L’étude de la langue arabe, du persan ou du turc ottoman a constitué le préalable indispensable à la compréhension et à l’analyse des sciences humaines du monde islamique, pour l’étude de la littérature, des textes religieux, du droit ou de l’histoire. Tout « orientaliste » a d’abord été un linguiste et un philologue.

Certains savants, comme Silvestre de Sacy ou Garcin de Tassy, restèrent des « savants de cabinet » et publièrent des travaux de synthèse indispensables. D’autres, comme Venture de Paradis et Arsène Roux, apprirent d’abord les langues de façon académique, puis leur expérience « outre-Méditerranée », diplomatique ou pédagogique, leur permit d’engager des travaux particulièrement innovants. Ils écoutent, ils notent, ils comparent… pour créer de nouveaux corpus, et témoignent d’un intérêt tout particulier pour les cultures populaires et pour la littérature orale, grande absente des traditions académiques classiques.

À cent ans d’écart, Garcin de Tassy et Arsène Roux sont deux savants à l’origine de nouvelles manières d’étudier le matériau essentiel que constitue la langue pour comprendre une société.