L’orientalisme des savants (XVIIe-XVIIIe siècles)

 
 

Au XVIIe siècle, le Collège royal accueille des maronites (chrétiens du Proche-Orient) pour traduire et rendre accessibles en Occident les textes fondamentaux des Églises d’Orient, écrits notamment en syriaque et en arabe. Les premiers savants « orientalistes » s’intéressent tout autant à l’héritage gréco-romain qu’aux textes bibliques en langues orientales.

La Bibliothèque royale s’enrichit de manuscrits issus des civilisations de l’espace méditerranéen ; les savants en rédigent des notices et élaborent grammaires et dictionnaires. Les linguistes travaillent aussi à la demande de mécènes comme Fouquet ou Mazarin, qui constituent des collections de livres, manuscrits, objets d’art et antiquités.

Le pouvoir royal s’intéresse au christianisme oriental à des fins politiques, dans le but d’étendre sa « protection » aux minorités chrétiennes de l’Empire ottoman. Le savant aixois François Gallaup de Chasteuil, devenu ermite au Mont-Liban, illustre précisément cette tentative de l’Occident de s’implanter en Orient sous le prétexte d’une « même identité » religieuse.

La curiosité pour les objets archéologiques à inscriptions issus du monde méditerranéen est partagée au XVIIe siècle par Peiresc qui commande à ses correspondants au Levant des objets épigraphiés. L’Aixois Fauris de Saint-Vincens a visiblement reçu dans sa collection des fragments du fonds extraordinaire constitué par Peiresc.

C’est encore un Aixois, Pitton de Tournefort, professeur de botanique au Jardin royal des plantes à Paris, qui forme au cours de son séjour au Levant une collection de plus de 700 plantes de Méditerranée ; alors que Peiresc avait déjà fait venir pour ses jardins de Belgentier (Var) des espèces de l’Empire ottoman.

L’École des jeunes de langues créée par Colbert en 1669, à la demande de la Chambre de commerce de Marseille, fait le lien entre la connaissance savante des langues de l’espace méditerranéen et leur utilisation au bénéfice de la diplomatie, du commerce et des négociants français au Levant. Elle forme des enfants à l’arabe, au turc et au persan, avant de les envoyer auprès de l’ambassade de France à Constantinople, pour une carrière de drogman ou interprète. Le Marseillais Jean-Michel Venture de Paradis, qui figure parmi ces « jeunes de langues », développe une approche nouvelle des territoires et des populations du bassin méditerranéen, grâce à son expérience sur place.