Jean-Michel Venture de Paradis

 
 

Marseille, 1739 – Palestine, 1799
Un savant à l’épreuve du terrain politique

Venture de Paradis est l’un des personnages les plus importants de l’histoire de l’orientalisme savant : il fait le lien, par sa connaissance des langues, des territoires et des populations de l’espace méditerranéen, entre des savoirs constitués par l’étude et la vie politique de son monde contemporain.

La curiosité insatiable pour les langues parlées, qu’il développe dès son premier séjour de six ans à Constantinople auprès de l’ambassadeur Vergennes, fait de lui un savant à la charnière de deux époques et de deux méthodes. S’il a été formé à l’arabe, au turc et à la diplomatie à l’École des jeunes de langues, il s’intéresse, sur place, à la botanique, à la médecine populaire ou encore aux superstitions, ce qui témoigne d’un attachement à des questions d’anthropologie culturelle qui dépassent largement le cadre de sa mission d’interprète.

Venture occupa plusieurs postes dans les représentations diplomatiques de la France en Syrie et en Égypte, mais aussi à Tunis et à Alger. Il est l’un des premiers à s’intéresser aux minorités druzes (populations arabophones et chiites [1] du Liban) et berbères.

Il défendit la création d’une École spécialisée pour l’apprentissage des langues, qui sera l’École des langues orientales vivantes (aujourd’hui les « Langues O’ »), et fut choisi par Bonaparte pour préparer la campagne d’Égypte. C’est contre son gré, étant donné son âge avancé, qu’il y participa, et mourut près de Jaffa.

Notes

[1La tendance chiite, qui vénère particulièrement ’Ali comme prophète, se distingue du sunnisme, depuis la bataille de Kerbela en 680, par des divergences d’ordre politique, religieux et philosophique. Elle se divise en deux mouvements : septimain (ismaïliens et druzes au Liban), et duodécimain (en Iran, depuis de XVIe siècle jusqu’à nos jours).